2020
Dec 
11

Nous étions en mai 2020

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 14:25  

Le déconfinement avait été retardé dans certains territoires. Rouge, oranges, verts. Gommettes nous autorisant à circuler plus ou moins librement. France Bob Marley sans la vibe du reggae dedans. Pas de messages révolutionnaires apaisés. Juste une énorme gueule de bois. Un bad trip qui durerait encore des mois. Ailleurs les corps et les voix se réveillaient de ce sommeil forcé. Le soleil était aveuglant pour celleux qui étaient restés dedans. La faille serait de courte durée. Il fallait découdre, subrepticement, mais sans attentes ni concessions, les liens qui risquaient d’à nouveau se renfermer. Après plus de deux mois d’asservissement volontaire et autant de mauvaises nouvelles à avaler, l’horizon semblait bien morne. Je balançais régulièrement entre trois sentiments: la peur, la colère, l’abattement. Ceci servant de moteur au quatrième: l’enthousiasme.

Les écoles avaient réouvert avec leurs cortèges d’absurdités sanitaires. Retour en classe sur la base du volontariat, en demis groupes, pas de jeux collectifs, distances à respecter, port du masque obligatoire pour les enseignants et les collégiens, pas de prêt de matériel.

Sur le site du gouvernement, on pouvait lire ceci:

Désinfox: Plus que jamais, se fier ou partager des informations non vérifiées peut induire des erreurs et engendrer des comportements à risque. Pour se protéger et protéger les autres, il est nécessaire de se référer à des sources d’information sûres et vérifiées.

Quelque temps plus tard, le site était supprimé pour “atteinte à la liberté de la presse”

Nous étions en avril 2020

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 14:21  

C’était maintenant, c’était partout, dans toutes les bouches : demain. Nous ne pourrions pas continuer pareil, nous refuserions tout retour à la normale“. Il fallait inventer ce que serait le jour d’après. Ils disaient ça comme ça: le jour d’après. Nous avions envie de rêver, nous en avions le temps.Il faudrait agir vite. Il faudrait savoir, dès maintenant, comment nous organiser, avec quels types d’outils et vers quel but. Si nous voulions inventer un autre monde, nous devions commencer par réinventer les pratiques, reprendre ce qui avait fonctionné dans les luttes précédentes, s’écouter largement, ouvrir des lieux, organiser de grandes scènes ouvertes à la parole. Nous ne ramènerions pas à la raison ceux qui se trouvaient de l’autre côté. Cela n’arriverait pas. Il nous fallait reprendre le pouvoir. Rêver en grand, désobéir maintenant.

Avoir confiance dans l‘action et le nombre. Occuper des locaux vides. Retirer tout l’argent de nos comptes bancaires. Se cacher, faire le mort, attaquer ou bien fuir. Inventer des stratégies pour éviter les drones. Et, le cas échéant, les dégommer. Déboulonner les milliers de panneaux publicitaires. Scruter de loin leur œil invisible. Bomber les caméras. Jeter nos téléphones portables. Se dégoogliser. Installer des serveurs autonomes. Apprendre à communiquer avec des messageries cryptées. Reprendre la terre. Débitumiser. Réapprendre aux bambins à se servir de leur corps et de leur tête. Sans craintes.

Des slogans fleurissaient partout, sur les murs, les balcons, les tee-shirt, les sacs à dos, les voitures, les vélos…

COUP D’ÉTAT D’URGENCE

VOUS AVEZ VU DANS QUEL ÉTAT ON EST?

À L’UNION NATIONALE NOUS PRÉFÉRONS L’ENTRAIDE GÉNÉRALE

NOS VIES VALENT PLUS QUE LEURS PROFITS

VOUS COMPTEZ VOS SOUS, ON COMPTE ENCORE NOS MORTS

VOUS NE CONFINEREZ PAS NOTRE COLÈRE

La sur-utilisation de l’internet par toute une partie du globe, avait pu faire craindre au début de la crise, une tension significative en terme de débit. C’était désormais près de 4 milliards d’individus qui se retrouvaient, d’un coup, et en même temps, assignés à résidence. Les uns étaient contraints d’accepter les aléas du télétravail forcé, les autres étaient livrés au dénuement le plus total ou à l’oisiveté la plus extrême. Mais c‘était sans compter sur l’immense mansuétude d’Orange qui installa, sans consulter qui que ce soit, de nouvelles antennes relais. C‘était une priorité nationale. “Vous rapprocher de l’essentiel” disait la publicité.

Et ainsi, une nuit, pissant joyeusement dans l’herbe fraîche, je vis une ribambelle de satellites mater mon cul du haut de leur œil bionique. Les salopards. Soixante petits points lumineux qui traversaient innocemment le ciel. Ce soir c’était soixante. Mais Starlink prévoyait de lancer soixante autres satellites toutes les deux semaines en 2020, en augmentant les missions pour en faire voler 42 000 avant la fin de la décennie. Et pour ça non plus, nous n’étions pas consultés. Les gosses de riches faisaient joujou dans l’espace alors que leurs jouets précédents étaient en train de tomber en ruine. Pendant que le monde était confiné, Tchernobyl avait cra et toutes les maigres avancées écologiques des dernières années tombaient soudain en désuétude. Air France était renfloué à hauteur de 7 milliards, Renault à hauteur de 5 milliards, 500 millions pour la Fnac-Darty, et j’en passe. Les banques faisaient de la pub à la radio entre deux messages de propagande sanitaire. Sous couvert de protéger notre santé, prendre l’air devenait interdit, au moment même où l’air devenait plus respirable. C’était le versant positif de la crise: la couche d’ozone se résorbait, les animaux reprenaient leurs aises, le ciel était moins saturé.

Les chiffres s’égrainaient comme des perles sur un chapelet. Jour après jour on nous rabâchait le nombre de morts, pays par pays, département par département, tranche d’âge par tranche d’âge, sans jamais mettre en perspective ces chiffres pour nous permettre, si ce n’est de comprendre, au moins de comparer. Les décès étaient à peine plus nombreux qu’à l’accoutumée mais le manque d’infrastructures adaptées, d’anticipation et de bienséance, avait fini par avoir raison de nos rites les plus élémentaires. J’avais enterré mon grand père en 2008. Déjà à l’époque, ouvrir le coffre de la morgue où il reposait coûtait de l’argent, ainsi que le cercueil que je verrai brûler quelques heures plus tard par écran interposé. Pendant la pandémie, les cadavres parisiens étaient enfermés dans des sacs plastiques et “conservés” dans la chambre froide du marché de Rungis. Les familles devaient là aussi, payer et rentrer en nombre limité pour un dernier adieu. La plupart n’avaient pas même pu voir leurs morts ou préparer la cérémonie.

Les cours des enfants se faisaient par mails interposés. Jusqu’à 54 pages à imprimer pour une semaine. Le ministre chargé du lissage des cerveaux avait nommé cela “la continuité pédagogique”. Les plateformes “éducatives” regorgeaient désormais de contenus sur lesquelles les professeurs du futur – des robots – pourraient s’appuyer pour “enseigner”. Pas question de ralentir le rythme. Les injonctions contradictoires étaient si nombreuses et si flagrantes, que je m’étonnais que certain-es puissent encore avoir confiance dans ce mode de gouvernance. Les lycées, les bars, les restaurants, les salles de spectacles, demeureraient fermés jusqu’en juilletmais pas les écoles maternelles, crèches ou école primaires. Relançons l’économie, mais pas la culture. Protégeons nous, mais pas au détriment des entreprises. Vous êtes fortement invités à reprendre le travail, tout en respectant les gestes barrières. Et si vos chérubins n’arrivent pas à se laver les mains à chaque fois qu’ils toussent, ou s’ils veulent se tenir par la main pour jouer, c’est à vous, parents, et enseignants, d’en prendre la responsabilité. Dans une circulaire officielle destinée aux établissements scolaires, on pouvait lire, dans le noir des lignes blanches, un appel à la dénonciation envers les “jeunes” qui oseraient mettre en doute les dires et les faits du gouvernement. Le Sénat avait par ailleurs voté une loi amnistiant pénalement les fonctionnaires de l’État de toute responsabilité durant cette crise. Les nombreuses plaintes déposées à l’encontre des dépositaires de l’autorité seraient alors caduques.

Internet avait réduit à néant les frontières du réel. Notre quotidien et celui du pays, celui de la planète, était vu à travers les écrans. Pour peu que dans chaque contrée il y ait des informateurs, et des sites pour répertorier les événements en cours, chaque citoyen muni d’un appareil et d’une connexion internet, pouvait, à l’aide d’une adresse http, trouver à peu près tout, y compris n’importe-quoi. Bolloré, un magnat de la télévision, avait racheté l’entièreté de l’institut de sondage CSA. L’ombre du maréchal planait dans les esprits. Il s’appelait GAFAM. Les drones et les caméras de surveillance, c’est eux. Les applications de traçage, c’est eux. Les requêtes auprès des médecins pour trahir le secret médical, les examens de fin d’année sous surveillance numérique c’est encore eux. Ces deux mois de chaos leur avait permis d’installer à grande échelle tout l’arsenal technologique dont ils avaient besoin pour construire leur dogme du nouvel homme. Subrepticement.

Nous étions en mars 2020

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 14:14  

Et le président avait déclaré “la guerre”. Six fois dans son discours, il avait répété, d’un air faussement déterminé, avec un regard destiné à faire peur: “Nous sommes en guerre” … “Contre un ennemi invisible” avait-il ajouté. Sidération totale. Comment ne pas voir ici une volonté d’abrutiser le peuple? En le gavant d’écrans, en l’enfermant chez lui, en testant sa résistance à la contrainte, c’est-à-dire, son obéissance. Ce virus servirait de tremplin pour toutes les restrictions à venir. Il justifierait la présence des gardiens de la peste dans nos rues, nous habituant, encore un peu plus, à voir leurs uniformes déambuler, et à se faire interpeller, comme ça, pour rien. Il ouvrirait la voie à toutes les dérives . Car nous devions respecter, relancer l’économie. Faire appel à notre intelligence ne suffisait pas. Leur mépris était palpable. Entre la première allocution, le jeudi soir et la seconde, le lundi matin, nous avions pu aller voter, faire nos courses au marché, jouer au parc, boire un café sur une terrasse. Il faisait beau, c’était le printemps, les enfants étaient ravis d’apprendre qu’ils ne retourneraient pas à l’école.

Il était autorisé de sortir de chez soi pour faire des courses de première nécessité, aller porter assistance à un proche isolé, ou récupérer ses enfants en garde alternée, s’éloigner de son domicile pour faire du sport dans la limite d’une heure et d’un kilomètre. Il était en revanche interdit -en fonction du “détenteur de l’autorité” sur lequel vous tombiez – de sortir pour aller acheter une baguette de pain, aller voir sa mamie en maison de retraite ou son père en phase terminale à l’hôpital, faire une randonnée ou une balade sur la plage. Il était interdit de se regrouper publiquement, de se regrouper tout court. Il était interdit en fait. Être sans abri, être autre chose qu’un homme blanc ayant de l’argent à dépenser depuis son fauteuil ou son écran, c’était, encore plus que d’habitude, une incurie. Les abus et les violences à l’encontre des quartiers populaires avaient drastiquement augmentés. Du haut de leurs balcons, les personnes filmaient, et c’était peu ou prou notre seul moyen d’agir.

À bien des égards, c’est la population civile elle-même qui palliait aux manquements de l’État. Distribution de repas, fabrication de masques et de gel hydroalcoolique, prolongement de la trêve hivernale pour mettre à l’abri les sans abris…Et le président de s’en féliciter tout en sous-entendant que nous étions trop irresponsables pour respecter des règles plus souples et que par conséquent, l’auto-confinement strict était la seule manière de nous protéger.

L’un des problèmes de la monarchie parlementaire patriarcale, c’est que les sujets sont traités comme des enfants. Gommettes vertes ou rouges, avertissements, punitions. Nous en étions réduits à devoir remplir une autorisation de sortie, comme quand un élève demande la permission pour aller faire pipi. 135€ pour une première infraction, 1300€ pour une seconde, 3500€ pour une troisième, assortie d’une peine de prison. Comment résister à une telle menace quand il faut remplir le frigo? Les prisons avaient pour l’occasion été vidées de quelques détenus sur-numéraires. “9 places libres!” s’était exclamée, sur un ton abject, une journaliste de la radio publique. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que bientôt, on ferait encore plus de place, car les prochains prisonniers seraient politiques, et ils viendraient en masse.

J’aurais voulu me transformer en un silence si dense qu’il aurait été ma chair. Un silence si plein de force que ma seule présence aurait suffit à réduire les résidus de pensées dépassées. Le silence et l’immobilité étaient un bagne que bientôt nous connaîtrions tous. Je me battais avec les forces contraires qui m’habitaient sans savoir comment les réconcilier. Comment faire pour être assez forte dans l’ici, et déplacer dans le même temps les montagnes? Comment transformer les images de mon esprit en matière palpable? Comment vivre le rêve? Et se faisant, comment rêver juste? Comment rester droite quand autour tout chancelle? Je doutais et n’entreprenais rien de peur de voir la tentative échouer, comme si le constat de son impossible matérialisation pouvait freiner mon imagination. Je désirais amener les images à avoir une consistance. L’invisible à devenir réel. Seuls les mots me semblaient avoir ce pouvoir. Parler et écrire devenait alors tout aussi dangereux que le reste. Ne pas le faire revenait à s’arrêter de vivre. Et tant que mes poumons utilisaient mon système respiratoire autonome, je me devais de mener cette minuscule preuve de mon existence quelque-part. J’écrivais, au moins une fois par jour. Pour prendre le recul et la température, pour entretenir la force et les liens.

Novembre 2019

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 14:03  

“Le Nord-Isère c’est pas mal parce-qu’au moins y’a plus d’eau. Faut pas s’installer dans un endroit où c’est déjà la sécheresse parce-que ça sera de pire en pire. ”

Est-ce que mes parents avaient ce genre de conversation? Sûrement pas. Ils se demandaient s’ils préféreraient une maison avec un jardin ou un appartement en centre-ville. Même ouvriers, ils ne se posaient sans doute pas la question de louer ou d’acheter. C’était la fin des trente glorieuses. Tout était possible. La croissance était une évidence. Cinquante ans plus tard, j’étais à peine plus âgée qu’eux. Les priorités de ma génération étaient autres. Dans mon entourage, il y avait peu de chômeurs mais pas mal de bénéficiaires des minimas sociaux. L’État avait instauré ce système pour juguler la contestation. Puisque les plus pauvres pouvaient subvenir à leurs besoins de base grâce aux impôts des travailleurs, se plaindre, et pire, se révolter, était de mauvais ton. Dans le jargon administratif, ça s’appelait “RSA: Revenu de Solidarité Active”. Le pouvoir en place aimait les sigles. Remplacer les mots par des lettres, ça permet d’effacer leur sens.

Je détestais notre époque pour ce qu’elle faisait des mots. Ils étaient avilis, pressés jusqu’à la moelle. L’humain a besoin d’ordre. Et pour mettre de l’ordre, il utilise le langage. Il devient une bouche avide de sens et cherche dans les syllabes ce qui pourrait le sauver. La langue était galvaudée. Il aurait fallu laver nos bouches et nos cerveaux, repartir de zéro.

La France, ce territoire que nous habitions, était connu partout dans le monde pour son côté belliqueux. Des résidus du soulèvement de 1789. Mais du rêve d’évolution, il ne restait pas grand chose. J’étais, comme beaucoup d’autres, anesthésiée par la rapidité de transformation du système. Les élections avaient lieu tous les cinq ans. Chaque nouveau gouvernement était l’occasion de changer l’ordre des choses à leur avantage. Ils changeaient les sigles et les lois, demandaient de plus en plus d’efforts à ceux qui se trouvaient de plus en plus bas. Les droits, arrachés à force de cris et de coups, se réduisaient peu à peu. En France, au début du quinquennat de Macron, cinq euros avaient été retirés pour les allocations logement. Trois ans plus tard, les chômeurs allaient être amputés de la moitié de leurs indemnités. En 2018, une loi sur la hausse du prix du carburant avait mis le feu aux poudres. Mais tant qu’il nous restait un peu de viande et de wifi, nous nous pensions à l’abri.

On nous prédisait le pire. A la télé, dans les magazines, les lanceurs d’alerte s’époumonaient en plein incendie et nous regardions la maison cramer. Nous faisions comme s’il ne se passait rien. Ce n’est pas encore chez nous. Tant que ça n’est pas sous ma fenêtre, tant que mes biens ne sont pas abîmés, tout cela n’existe pas. La Terre, ce n’est pas vraiment chez moi. J’habite en France. Nous sommes protégés. Nous avons des montagnes et des digues, des forces de police et une armée, nous avons des drones et des caméras de sécurité, des avions de chasse et des tanks de combat. Nous pourrons vaincre l’eau et la flamme, la terre qui tremble et la famine. Nous sommes riches, nous. Nous sommes le pays des Lumières, de la Révolution, des Droits de l’Homme. Chez nous, même les nuages radioactifs s’arrêtent à la frontière. Et nous allions ainsi, de jour en jour, pérorant aussi fort que possible, que nous étions invincibles, nous les pays du Nord, les pays du G8, nous le premier monde.

Il y avait des modes. Et elle était à la bienveillance. Les gens se plaignaient que les médias n’annoncent que des mauvaises nouvelles, qu’il n’y ait pas de journalisme positif. Alors en à peine cinq ans, une dizaine de magazines “bien-être” fleurirent sur les rayons des librairies. Flow, Slow, Happiness. En anglais of course. Il fallait du cash, du glam, du flashy. Pas du vocabulaire ranci. Place à la langue unique, souveraine, prête à l’emploi, sans oublier d’affûter, en parallèle, la lame du mensonge, de l’hypocrisie. Le double langage. La bien-pensance. La novlangue.

Demander aux citoyens par exemple, de ne plus faire de feu car la fumée de cheminée rejette trop de CO2 tandis que l‘industrie automobile battait son plein. Vendre moins cher des produits qui auront demandé davantage de transformations. Demander aux paysans d’utiliser moins d’eau pour arroser leurs récoltes, pour que les usines puissent fabriquer les puces électroniques qui serviront à nous surveiller.

Je suis née alors que tout n’était pas encore digitalisé. Nous nous sommes habitués, subrepticement, à la présence des écrans dans nos vies. La science-fiction n’était plus un lendemain éloigné, c’était là, à notre porte, à chaque coin de rue. Il fallait échapper aux écrans et aux publicités qui mesuraient tout, captant le moindre “temps de cerveau disponible“. L’attention était devenue la denrée la plus précieuse. Combien de temps tu passes devant telle pub, telle musique, sur tel site? Combien de fois par semaine tu prends tel chemin, avec quel moyen de transport, pour voir qui, pour faire quoi?

Ne plus réfléchir. Ne plus penser. Pas faire de vagues. Il était de notoriété publique que nous étions tous manipulés. Mais peu importait finalement. Nous avions des smartphones et des voyages à l’autre bout de la planète pour 600€. Les emballages des aliments mettaient en avant la non-présence des poisons injectés dedans : sans OGM, sans paraben, sans colorants ni conservateurs…biologique. On se faisait retourner le cerveau en souriant.

Dans les années 2000, Internet changea, subrepticement, notre rapport au monde. Installé à l’intérieur même de nos foyers, l’univers entier s’ouvrait devant nous. Le temps et l’espace semblaient ne plus avoir de limites. L’écran était notre fenêtre. La fibre notre air. Nous étions connectés au reste du vivant par la fibre. La fibre. Qui va sous les océans et peuple nos ciels des villes de câbles interminables. La fibre, qu’il fallait mener toujours plus loin, là où les riches ne pouvaient attendre vingt minutes que leur film se charge, puisqu’en bas, dans la vallée, cela se faisait en un clin d’œil et puisque c’était intolérable d’attendre. Les politiciens appelaient ça: la fracture numérique. Et réduire cette inégalité d’accès au tout possible leur paraissait une priorité. L’immédiateté était devenue notre royaume. Nous ne supportions plus le moindre écart sur nos écrans. Nous avions nous-mêmes posé les mouchards à l’intérieur de nos maisons. 1984 était une réalité, par bien des aspects. De plus en plus souvent je pouvais dire: “ça y est, c’est le futur”.

Nous cherchions tous le temps perdu. Où était-il passé? Alors même que les machines étaient sensées nous en donner, nous libérer des contraintes, il s’avérait que c’était justement l’inverse qui se produisait. En fait, on passait du temps à réparer les erreurs que les machines, encore imparfaitement pensées, nous demandaient à nous, humains, de pallier. Nous étions devenus esclaves. Faire l’amour à 14h un lundi et rester au lit toute l’après-midi devenait un acte de dissidence. Joyeux et simple, qui n’engageait que moi. Comme le contrôle était partout, il suffisait de ne pas suivre un des aspects de son diktat pour devenir rebelle. Pour accélérer la chute, il aurait suffit d’arrêter d’acheter. S’enrichir en les appauvrissant. Mais consommer était devenu notre raison d’être, une façon de se sentir exister.

Depuis 2008, les banques étaient renflouées à coup de milliards. Les grandes entreprises licenciaient à tour de bras. Les rachats par des sociétés privées, à l’étranger, faisaient perdre aux petits leur peu d’autonomie. La casse du service public était devenue obscène. Nos vies étaient régies et rythmées par des lois qui nous dépassaient, sur lesquelles nous n’avions aucune prise. Les sciences nous fournissaient des preuves tangibles de tout ce que nous faisions à l’envers mais les dirigeants n’écoutaient pas. Le modèle prôné était la croissance, et tout était bon pour ça. Plus les maisons étaient pleines, plus il s’ouvrait de magasins, et plus le monde semblait beau. C’était comme une grande parade, une sorte de poster géant accroché devant nos yeux. Un Truman Show planétaire.

La vie quotidienne continuait malgré tout à se dérouler. Tant que les rayons étaient remplis et nos panses pleines, tant que dehors, il ne pleuvait que des gaz lacrymogènes sur ceux qui osaient sortir dans la rue, nous étions protégés. On s’habitue à tout. Aux flics armés dans le tramway et aux images qui choquent. On s’habitue à avoir un service de renseignement général dans la poche à qui l’on donne nous-même à manger et de qui on dépend.

L’ambiance était morose, mais la majorité d’entre nous ne faisait pas grand chose pour que ça change. Trop sidérés par la vitesse de récupération du système qui s’embourbait et nous emportait tous et toutes dans sa course infernale. Tout semblait se polariser. Nous n’avons pas vu l’accélération. Beaucoup disaient que c’était une folie, que nous allions droit dans le mur. La “théorie de l’effondrement” battait son plein. Les sceptiques parlaient de catastrophisme. Des scientifiques de tous bords alertaient, les citoyens eux-mêmes tentaient des actions qui se noyaient dans le surplus de connaissances du monde. Les plus téméraires maintenaient la flamme. Les Indignés, Nuit debout et les Gilets Jaunes montaient tour à tour la garde. La France, de l’avis de tous, était explosive. Mais toujours la révolte était maintenue sous cloche. Les techniques employées par les forces de l’ordre étaient de plus en plus violentes: détentions injustifiées, matraquage, œil et mains arrachés. Le danger que représentait une manifestation était devenu dissuasif. Or, quand le pouvoir en place commence à utiliser la violence, cela signifie aussi que la chute est proche. Ça sentait la fin de règne. De nouveau, le bon vieux monde se fissurait.

2020
Dec 
1

À temps

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 20:47  

Le monde vous inquiète?
Le monde vous questionne?
Drôle de tumulte dans nos boîtes crâniennes
En ces temps qui déraisonnent

Il y a le feu au lac
L’incendie en direct sur les smartphones
Heureusement qu’il y a Bach, les copains et le tango clandestin
Il y a toujours Hugo, même si Cosette est niaise et Marius arrogant à la fin

Attend un peu chaos, on est pas encore arrivés au bout du tome un
Je veux voir grandir des fleurs
Je veux me tirer du grand brouillard des métropoles
Et laisser pousser des petits d’Hommes dans mon jardin

Attend un peu bazar, j’ai encore jamais fini une seule histoire
J’ai pas mené mes personnages au bout de leurs quêtes connes
Je me suis encore embrouillé les entrailles en repensant à des hommes
Je veux être légère. Solide et légère.

Laisse moi un peu respirer la mort.
Je sais bien que c’est toi qui te caches derrière la boulimie des sens
Autant que derrière la paresse
J’ai peur de vivre à fond. Parce-que à fond ça veut dire quitter le cocon

Reste avec moi ma mie. Il me reste un chapitre et toute une bibliothèque à dévorer
Avant de voir les falots s’éteindre. Avant de finalement étreindre l’éternité
Je vais me refabriquer des héro-ïnes
Je vais trafiquer la machine à remonter la mémoire universelle

J’ai encore le temps dis? Il me reste combien d’années?
Tu sais que Jésus est mort en même temps que ma naissance?
Tu t’en tapes des messies, des apôtres et de leur choléra
Tu crois plus aux sourates, aux évangiles, ni même aux mandalas

Pourtant tu danses toute seule parfois, et tes ancêtres s’invitent sur la piste
Tu dessines des poèmes, tu inventes des airs qui n’existaient pas la seconde d’avant
Ça va vite, détruire. Dix secondes. C’est ce qu’il faut à un journaliste pour rédiger la note
Qui enverra à l’algorithme le signal pour que tout foute le camp

Marius F. disait “il va fout’ la cabane su’l quin”
À la fin de sa vie, mon grand-père perdait la mémoire
Il paraît que ça pourrait être une bactérie la cause de cette histoire
Un microcosme dans le bidon, responsable des hallucinations

Je pars dans tous les sens. Vaudrait mieux tout cramer.
Craquer l’allumette près du bidon d’essence, fertiliser par le feu
Les quelques pages de souvenirs à oublier
Redevenir autre. À un moment donné.

2020
Nov 
2

On joue?

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:58  

C’est comme quand on jouait à cache-cache
Et que personne ne te trouvait à la fin
Tu te souviens?
Le mélange de fierté et d’humiliation de ne pas faire partie du groupe
Eux ils riaient et déjà passaient à une autre partie ou même, ils prenaient le goûter
Et tu ratais ces instants d’amitié possible, ne sachant pas si c’était
Parce que ta cachette était trop bonne ou parce qu’ils n’avaient pas vraiment envie de jouer avec toi
Tu te rappelles que tu ne savais pas si tu devais partir et rejoindre tes parents
Ou bien rester, jusqu’à la tombée de la nuit, jusqu’à ce que tous rentrent
Et qu’il ne reste que toi
Mais alors, te croiraient-ils, le lendemain,
Quand tu leur dirais que tu était restée jusque tard, jusqu’à ce qu’ils soient tous partis?

Tu es grande maintenant
Et pourtant tu as encore du mal à choisir ton camp
Tu ne sais pas si tu dois te réjouir de faire si bien semblant de rentrer dans le rang
Ou s’il faudrait au contraire laisser tout le monde à ses salades, et les planter
Là, maintenant
Laisser le groupe à ses intrigues insipides
Et foutre le camp

Dans tous les cas
Continuer à jouer:
Prêts ou pas
J’arrive

À vos ordres

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:57  

Je me soustrais
Je me restreins
Je me soumets à votre loi
Je m’en remets à vous
Je m’annule
Je m’annihile
Je n’existe pas

À vos ordres

J’admets que vous savez
Que vous faites ce qui est le mieux pour moi
Je comprends que vous nous protégez
C’est pour notre bien que vous nous enfermez
Je vous suis reconnaissante
Je ne dis rien, je ne m’oppose pas
Je consens
Je m’en remets à vous

À vos ordres

Je regarde devant moi
Pas à côté
Je reste droite dans mon corps et mes pensées
Je ne dévie pas
Je ne prends aucun risque
Je suis disciplinée
C’est pour le bien être de toute la société
Que nous nous enfermons
Que nous n’osons plus ni sourire ni nous regarder
De peur que trop de liens nous brisent
Nous restons bien en place, sur le bas côté
Nous attendons que la crise passe
Que l’on nous autorise

À sortir
À parler
À marcher dans la haute montagne
À prendre la parole et les sentiers pas encore rebattus
Nous attendons que l’on nous dise
Qui être
Pour ne pas trop déranger
L’avancée de la grande dérive

2020
Oct 
29

EMBRASER

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 09:13  

Nous sommes la horde du contre mouvement
Somme d’êtres aux parcours épars
Rassemblés en un point précis pour…danser
Nous avons traversé divers pays et contrées
Sonne l’heure du départ

Prêts
Feu
Embrassez

J’en ai pris pour mon grade
De l’énergie
En barre, en boîte, en regards
J’en ai pris et j’espère donné
J’en garde

Pour la redistribuer
Je tricoterai des poèmes
En me rappelant de nous

La lumière des poissons Les tapis colorés
Le lait jaune
Les gestes et les paroles La malice
La tendresse
Les notes suspendues Enchaînées

Les souvenirs comme des morceaux de laine
Pour ne pas prendre froid en plein coeur de l’hiver

Je sais que les grands vents qui viennent auront raison de mon calme
Qu’il me faudra clamer, plus fort et plus souvent
Je sens mon ventre et puis mon coeur qui me débordent les yeux
Et j’ai peur, bien sûr, de ces grandes tempêtes

Mais vous êtes une bouée
Saltaminus fût un radeau au beau milieu du début du naufrage
Une bulle d’air, un sauvetage
Vous m’avez amarrée

Avec tout l’Amour dont est capable notre humanité
Vous m’avez fait marrer
Avec humour j’ai vu toute l’absurdité
De devoir se cacher pour…danser

La bonne nouvelle, c’est qu’on devient résistant-es à peu de frais
On pourrait s’offrir des médailles
Pour prouver notre bravoure
Mais franchement ce serait une bavure
De s’abaisser au rang de ceux
Qui voudraient nous faire
Marcher au pas
Nous, nous sautillons
N’en déplaise aux écrabouilleurs d’espoirs
Nous marchons à la verticale, nous glissons en parallèle du sol
Nous décollons, nous roulons, nous nous enroulons
Nous nous portons vers le haut, toujours,
Et lorsque nous tombons, nous savons nous relever
Nous savons même comment générer des points de densification
Nos appuis sont multiples, inattendus
Notre agilité est sans pareille par rapport aux bottes des soldats

Oui, nous allons pieds nus
Et nous baignons ensemble
Oui, nous mangeons surtout des légumes, du tofu
Et pas beaucoup de viande
Oui, nous aimons boire
Mais n’avons pas besoin d’alcool pour devenir fou
Aux yeux des égarés

Nous sommes la somme des petites flammes
Qui brillent du sommet de nos crânes
Jusqu’au bout de nos pieds

Prêts
Feu
Embrasez

RIEN N’ARRÊTE UN PEUPLE QUI DANSE
RIEN N’ARRÊTE UN PEUPLE QUI DANSE
RIEN N’ARRÊTE UN PEUPLE QUI DANSE

LA HORDE DU CONTRE MOUVEMENT

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 09:12  

Nous avons fui le grand vacarme
Nous avons pris place à bord de nos corps
Pour nous extirper de la masse agitée qui secoue le dehors
Nous avons décidé d’habiter nos muscles et nos entrailles
L’organisme
Voilà notre nation
Nos hymnes empruntent leurs rythmes
Aux gargouillis des tripes et au souffle qui s’intensifie
Les rires qui fusent sont notre mélodie
La gravité est notre loi

Nous connaissons le prix d’un corps qui jouit de sa pleine puissance
Le genou qui claudique
L’axe qui bégaye
La cheville qui vacille
L’orteil qui s’oppose
L’épaule qui se braque
Le bassin qui se grippe
Ces blessures nous accompagnent
Le corps en miettes, c’est juste un rappel de nos limites
Pour autant
De tous temps la Vie nous a invités à les braver
L’humain s’invente des aventures pour continuer de se dépasser

Ainsi, hors des sentiers battus
Petit à petit
Nous avançons
Partout, là où la brèche est possible
Nous déplaçons l’impensable
Millimètre par millimètre
Nous avançons nos pions

Frôler la frange légale
Pour s’affranchir d’un idéal imaginé par d’autres
Avoir les coudées franches pour raffermir nos idées hautes
Faire de l’interstice un pays assez vaste
Pour contenir toute la diversité de la planète:

L’Everest Les animistes Les racistes
Les contacteurs en pyjamas Les vegan
Le palais idéal du facteur cheval
Les chutes d’Iguazu et du Niagara Les tangueras à paillettes
La voisine du troisième étage Colette Les folkeux à fleufleurs
Les chasseurs et les constellations Ta belle-mère
Et le pont du Gard

Faire de la frontière un espace étirable pour se placer à plein
Tenir la ligne assez fermement pour qu’elle ne puisse pas se déliter
Avec suffisamment de souplesse pour que personne ne se sente prisonnier

Perdre nos repères pas encore ancestraux
S’autoriser à s’autonomiser
Garder le strict nécessaire:
L’eau, la nourriture, la lumière
Le toucher

Se
Toucher
Se
Laisser toucher

Si ma pupille appuie sur la paupière de l’autre, est-ce que ça se voit?
Si mon dos trouve un hôte pour la seconde qui suit
Est-ce que ça pourrait durer toute une partie de la vie?

Raconte moi une histoire
Avec ton corps cosmique, avec ton corps terrestre
Avec ton corps cassé, avec ton corps debout
Avec les vertèbres de ta colonne et les alvéoles de tes poumons
Redis moi sans les mots
Le chaos qui côtoie l’ordre de tes gestes
Confesse moi par la peau
Comment tu ranges la chambre de ton bazar mental
En accord avec le reste de tes colocs organes
Dis moi dans un suspens comment tu procèdes
Pour organiser le passage d’un âge à l’autre
Comment tu navigues dans le monde intermédiaire
Entre la réalité de tes rêves
Et ta vie imaginaire

Raconte moi en corps une histoire s’il te plaît
Ouvre la mâchoire. Quand tu fermes la bouche, ça reste coincé dedans
J’ai envie de voir dans le noir avec toi
Le sol sera notre boussole
Les sens notre moteur et notre gouvernail
Viens, on va faire un tour du côté des portails invisibles
On chevauchera les steppes à dos de poisson volant
Une bête à deux dos, une vague à huit pattes
On sera l’océan
Nos corps créeront des spirales qui engloutissent les volumes
Et les grands vents qui viennent s’uniront à notre tourbillon
On balaiera les structures qui sclérosent nos désirs
On réinventera un calendrier pour travailler avec plaisir!
Seul le sang qui bat dans nos tempes nous indiquera l’heure
C’est la meute qui montre le sens des aiguilles de l’Histoire
C’est nous qui décidons de la suite
Et puisque nous sommes toustes embarquées dans la même galère
Alors autant plonger
Plutôt que d’écoper à la petite cuillère
Pour tenter de sauver le bateau qui prend l’eau de toutes parts
Autant devenir éponges transfuges transmetteuses de savoirs articulables
é p o n g e s t r a n s f u g e s t r a n s m e t t e u s e s d e s a v o i r s
a r t i c u l a b l e s
Autant continuer de se contaminer par des gestes passages
Quitte à choper la co-vibe, autant construire des passerelles pour le métissage

Alors nos noms ne seront plus nos noms
Certains mots s’oublieront au profit du silence
Les visages des vieillards seront nos monuments à la gloire des vivants
Et les images de notre enfance, instantanés pris au vol,
Seront punaisées au mur de notre instinct présent
Nous anéantirons la nécessité du rang
L’indocilité redeviendra la norme pour soutenir notre élan vital
Jusqu’à ce que l’orchestre fasse silence
Jusqu’à ce que la dernière note résonne
Nous tapons du pied
Pour résister à l’arrêt, à la sidération
Nous fabriquons notre propre musique

Peut-être qu’on peut danser avec encore plus différent de nous
Sortir du cocon, blanc et confortable
Convoquer dans nos archipels les cohortes qui chutent
Prendre pour capitaines
Des pirates altiers
Et pour seul bagage
Notre altérité

Laisser l’air et le temps faire leur travail
D’altération des habitudes
Avoir confiance dans le fait que
L’entropie est salutaire quelque part
Et qu’à un moment donné
Les loups solitaires sortent des sentiers battus
Et prennent les devants

Nous sommes cette horde en mouvement
La horde du contre mouvement

2020
Oct 
13

Trêve de tout

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 16:12  

Je ramasse des petits bouts de trucs
Des petits morceaux de choses
J’en fait des poèmes
Mais ici, il y a trop
Trop de regards et trop de gestes
Trop de peinture sur les murs
Sens partout stimulés
En permanence
Trop de choses qui accrochent ma mémoire
Qui frappent ma conscience
Qui demandent à être exprimées
Ici la vie va vite
Et sur mon vélo pas moyen de m’arrêter pour noter alors je chante
Pour tenter de ne pas oublier
Mais dès que je rentre il y a l’écran qui sonne, qui brille, qui vibre
Il y a le monde là-bas parallèle et qui fait mes journées pleines et mes yeux cernés
Il y a trop de bruits

S’il vous plaît
Taisons nous un peu
Taisons nous encore
C’était si bon de voir votre silence
De goûter notre pudeur
Je nous en prie
Une trêve de tout