2020
Oct 
2

10 blocks

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 20:13  

Carrés
10 blocs
10 blocs de 10 carrés pour représenter 1 journée
divisée en 10 minutes
100 carrés à remplir d’habitudes
Combien de carrés consacrés au corps ?
Combien de minutes pour respirer l’odeur de l’asphalte mouillée ?
Combien de kilomètres et combien d’allers-retours sur les pistes cyclables?
Combien de temps pris pour me lever, me laver, me faire à manger?
Combien de minutes passées à rêvasser, combien à s’abrutir devant la télé?
Combien de livres lus en une année
Si je consacre 3 carrés de petit déjeuner et 2 autres avant de dormir pour lire?
Combien pour travailler quoi, avec qui?
Combien de temps pour mes amis?
Quelle case laisser en blanc? Lesquelles se feront remplacer si je n’ai pas le temps?
Et si je fais tout en même temps?
Si le fait de travailler sur l’écran divise mes carrés en milliers d’activités
À combien de carrés je serai de la fin de ma vie?

Pixellisée, moi? non merci
Même s’il pleut c’est le nombre de respirations qui m’indique où je suis.
Combien d’inspirations dans le coeur aujourd’hui?
À peine 3. Sauf si le stress ça compte, alors je dirais 8
Combien dans le genou droit?
1 fois.
Combien dans le plexus et encore plus en bas?
Plus de mille, à un moment j’ai arrêté de compter.

De toute façon j’ai jamais su compter, même sur mes doigts.
Je m’emmêle les pinceaux, les minutes c’est comme une décennie et parfois vice-versa
Alors bon, je vis quoi. Ça déborde chez moi, même si ça m’aide l’idée de structurer le temps
Ce qui est surtout marrant avec les boîtes de Lego c’est de construire on ne sait pas trop quoi
Et l’histoire on verra bien ce que ce sera.

En bas de l’écran c’est marqué: respecter la casse
On peut cocher ou pas la case

Ou laisser les majuscules décider de leur place

2020
Oct 
1

Artistes Onanistes

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 19:19  

De la branlette
Le primaire, le symbolique
L’Aaaaaaaaart

Est-ce qu’on ne devrait pas tout simplement s’en tenir à ça:
Du primaire et du symbolique, pour soi
Plutôt que de faire exactement ce que je suis en train de faire maintenant
Dévoiler pour un-e tout-e autre que moi mes petits univers et mes graaaaaandes pensées

Sortir de sa coquille ou y rester?
L’anonymat me semble être la meilleure preuve d’universalité

Avant d’avoir des subventions, des blogs et des comptes InstaBook
Les artistes étaient peut-être simplement des passeureuses de symboles
Et ce qui était en trop dans leurs bouches ils le gardaient pour elleux

Désormais on se stimule le cervelet en public

2020
Sep 
30

L.A Confidential

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 22:06  

Je cherche et tourne des pages virtuelles
Tas de revues
Poésies en sommeil
Art invisibilisé parce-que trop cloisonné
Parce-qu’on a voulu en faire une marchandise pour les nantis
Les bien dotés, les tellement au-dessus des autres qu’on ne se comprend plus
Entre deux lignes
Il y a de tout, oui, il y en a pour tout le monde
Mais la frontière reste épaisse, indépassable
Une sorte de charme éthéré
Littérature alitée, en panne d’elle-même
En peine de se régénérer aux yeux du grand public
Désuète. Alors pour ne pas la faire tomber complètement en miettes
Aujourd’hui on l’appelle
Slam

C’est dommage de se laisser avoir par les malfaçons langagières
D’une époque qui cherche à détourner ou faire mentir les mots
Remplacer le net par du flou, le dur par du mou
Aujourd’hui j’ai entendu le ASAP à la française
“Accélération de la Simplification des Actions Publiques”
Une manière de nous la mettre à l’envers en réduisant je ne sais quel coût des services publics
As Soon As Possible
Bravo, belle marche arrière.
“Mais puisqu’on vous dit qu’on simplifie et qu’on accélère, de quoi vous plaignez vous?
Mais puisqu’on vous le dit que le slam ça fait plus cool pour les jeunes, ça fait moins poésie…”

La poésie doit-elle être confidentielle?
Bordel de noms! Il faut la diffuser, diffuser, diffuser!
Jusqu’aux fonds des campagnes hexagonales et aux confins de tous les continents
Si les dix mille fusées que Musk envoie pouvaient au moins servir à ça!
Comment se fait-il que ce soit si peu lu alors que ça peut être au contraire si abordable
Quelques lignes ça ne mange pas de pain, c’est plus facile qu’un gros bouquin
Ça pourrait se lire aux chiottes
“Sacrilège de lèse majesté, pour qui te prends tu toi qui ne compte même pas les pieds? ”

Pourquoi on ne fait pas venir plus de poètes vivants dans les écoles? Il y en a des milliers!
380 revues actuelles et 650 abandonnées!
Pourquoi ça reste confidential L.A Poésie…

Plus tard, je lis dans un rapport:
Depuis 2007, une école par jour a fermé, principalement en zone rurale

Conclusion: faites tomber les cloisons!

2020
Sep 
29

Maman Éléphante

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 22:35  

Des perles pour Emeline
Choisir des formes et des couleurs qui l’accompagneront dans son voyage
Son passage
D’une rive à l’autre de la maternité

Moi je donne naissance à des poèmes
Ça ne bouscule pas mon intégrité physique
Quoique je reste de longues heures assise au bureau

Le temps de gestation est long
Plusieurs années
Maman éléphante de proses protéiformes

Une fois construits, il faut encore les sortir, puis les accompagner
Les élever pour qu’ils s’en sortent tous seuls
Pour cela, il faut les mettre dans les oreilles des Autres
Ou alors sous leurs yeux
Laisser filer ses petits dans la tête d’autrui
Ça fait peur.
Seront t’ils compris? Ne manqueront t’ils de rien? Seront t’ils acceptés parmi les leurs?
Et si on les gronde, comment réagiront t’ils? Est-ce qu’ils s’en remettront?
Et jusqu’à quand serai-je leur maman?

Pour l’instant, ils sont bien au chaud dans le ventre de mes carnets
Il me tarde un peu de les voir en vrai, de leur offrir le joli collier que je fabrique
Pour leur premier jour hors du liquide anecdotique de ma panse

Gigotez petits monstres de mots
Nous serons là l’un-e pour l’autre
L’un-e par l’autre

2020
Sep 
22

Laisser courir les tigres

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 13:50  

Bouche ouverte
Mouches
Grillons
Cri de la fauvette: huit huit huit

Laisse moi
Je vais faire courir mes tigres
Ils ont besoin de s’ébattre
Si la plupart des gens jouaient, on aurait pas besoin de règles pré-écrites et rigides,
Et pareilles pour tout le monde. On jouerait et c’est tout.
Les règles s’écriraient toutes seules et on en changerait dès qu’elles ne vont plus.
Les vieux babouins s’accrochent aux règles de leur jeunesse
Comme si celles ci valaient pour toutes les générations.

Les mains qui s’approchent trop vite je les chasse
Même si elles connaissent le chemin pour aller jusqu’à ma poitrine,
Même si elles l’ont parcourue mille fois, les mains autres doivent rester aux aguets,
Autrement je les fais marcher au pas
Il y a des routes invisibles, des corps transparents qui vibrent autour de l’enveloppe charnelle.
Et ces portes-là sont encore plus sensibles.
Pour les percevoir, nos sens quotidiens sont trop grossiers.
C’est autre chose qui guide le regard et la paume.

Mes couches péri-épidermiques
Vibrent

Mes tigres courent
Je les laisse s’épuiser
Avant de les remettre en cage
C’est pas de gaieté de cœur que je les enferme
C’est qu’ils risquent de blesser les autres
Si je les laisse dehors
Et puis s’ils s’assoupissent en plein milieu de la place
Ça risque de faire du grabuge
Je les laisse se faire les griffes sur un arbre mort
Devenir cannibales
Se battre et ouvrir la gueule en grand
Mes tigres sont bien élevés
J’ai dompté le rythme de leurs carnages

Avant qu’ils prennent la fuite et se sauvent à jamais
Devenant la proie facile d’autres cirques exploitants
Je les ramène à moi
Avant qu’ils ne deviennent une cible trop docile
Je ménage pour eux une part de captivité
Pour rester maîtresse de leur instinct sauvage
Leur humeur fauve reste chaude dans mes bras humains
Je suis responsable de mes tigres
Jusqu’au jour où ils feront retraite
Je brûlerai leur peau en hommage à leur vie
J’élèverai alors des agneaux
Grandis dans la douceur féline de ma saine colère
Mon instinct animal, présent inestimable.

2020
Sep 
15

Y et zéro sont dans un bateau…

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:53  

Ça y est

Ça se pose

C’est déjà autre chose

Un autre rythme

Plus lent, plus mien

 

Temps vide d’homme et de travail

Se réveiller pour errer

Et puis entrer dans la brèche que la veille a laissé entrouverte

 

Reprendre une à une les années

Retranscrire, copier, faire exprès de passer des lignes

Retrier

Mettre les souvenirs dans des cartons de couleur

Étiqueter

Pour plus tard

Pour rien peut-être

 

Transformer en confiture les tomates vertes déjà rougies

En une seule journée, les tomates deviennent mûres

Moi j’ai l’âge du Jésus sur la croix mais je n’ai ni son courage ni sa foi

Maturité version génération

Y

 

Je remets mon corps en état de marche

Au cas où bientôt il faudrait reprendre l’alphabet à zéro

2020
Jun 
12

Dans les interstices

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 16:50  

Documents

Tableaux

Alinéas

 

Coupures de presse

Il me montre l’article du jour de son jugement

On y parle de malfrats, de passeurs, de “capitalisme de la misère”

Cela ne dit rien de la lâcheté de l’État, de l’impunité des vrais pilleurs

Entre les lignes il y a des vies qui ne parviendront jamais à se résumer

En un paragraphe

Sur du mauvais papier

 

A Bristol les habitants, noirs et blancs

Jettent à l’eau les symboles

Au Ghana, c’est Gandhi qui s’est fait déboulonné

D’aucun-es diront: ce n’est qu’une image,

Seulement un nom sur une plaque de marbre

Une allégorie, du passé, notre Histoire. Tout n’est pas rose

Et il faut se souvenir des bons comme des mauvais

 

Et moi je dis qu’il nous faut repeupler

Les rues et la mémoire, les livres et notre Histoire

Avec de la foule anonyme

Remettre à l’honneur la Commune

Oublier pour un temps les humain-es exemplaires dont nous ne sommes pas tous-tes

 

Si ce n’est pas sur les grandes places que se rejoue le match

Que ce soit dans les boyaux intestinaux de cette foutue république

Qui porte si bien son nom quand il s’agit de l’administration

Mais qui repousse son res , ce rien qui est en fait

Tout

Dans les bas-fonds sournois du déni

Légitimant seulement l’acception qui désigne ce qui appartient à l’État

Et non plus ce qui tient

Du ressort du peuple

 

Nous formerons nos propres gouvernements

Dans les interstices

Chaque brèche sera pour nous l’occasion d’essayer

De rendre enfin justice

Et si nous échouons, d’autres prendront le relai

Nous sommes les éboueurs étincelants

Les chercheurs d’or de la fange sociale

 

Le capitalisme C’EST la misère

Vous ne ferez pas l’économie du réveil de la colère

 

2020
Jun 
10

Deux feux follets

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 23:52  

“Le jour où je suis parti, je me suis considéré comme mort.
Tout ce qui m’est arrivé ensuite, je l’ai affronté
J’étais déjà mort. ”

Voilà ce qu’il me dit, le gaillard qui ronfle comme un bébé à côté
Il a traversé une bonne partie de son continent
Il a vu des amis mourir
Des hommes se faire tuer
Et d’autres se battre

Et pourtant, ce matin il me dit:
“Le pire, c’est l’Europe”

Parce-qu’à peine arrivé, on lui prend ses empreintes
On le trimballe d’un lieu à l’autre
Dans des camps où l’hiver il n’y a pas d’eau chaude
Et pas assez de containers pour y tasser les gens
Alors les gens dorment dehors
Femmes enceintes et nouveaux-nés compris
Et puis c’est la police, partout, tout le temps

Un jour, on le jette en prison pour simplement avoir été l’ami d’un homme
Qui aidait des petits à poursuivre leur chemin
Pas un passeur, un mec qui donnait les bons plans en échange d’un peu de fric
De quoi se payer un kebab
Condamné à 18 mois, il aurait dû en faire 11 pour bonne conduite
Mais il semblerait qu’il ait été
Oublié
Des autorités
Alors il en a fait 23.

Il dit que ça passe vite, que la maison est bonne
Il travaille, il réapprend le français, il bavarde, il se forme
Il dit qu’il préfère faire dix ans de prison ici, plutôt que quelques mois chez lui
Et puis chez lui, ça n’existe pas
Bien sûr que ça lui manque, que c’est beau là-bas, qu’il voudrait revoir ses parents
Mais c’est impossible
S’il s’en retourne on le tuera
Il a osé manifester son mécontentement. Il a osé dire qu’il voulait un autre président
Qui ne courbe pas l’échine devant un petit français arrogant et imbécile
Un président digne, sans concession avec l’armée et les grandes entreprises qui continuent le pillage
Au nom de la modernité

Au nom de quelle sorte de progrès abandonne t’on les Hommes?
C’est trop simple, presque naïf, n’est-ce pas?
Il se trouvera bien quelque ingénieur des sciences polytechniques pour m’éduquer
Un militant qui aura été de toutes les batailles, pour me traiter d’ingrate petite garce
Il y aura des savants et des ignares prêts à me tordre le cou ou à me rire au nez pour me répondre
Interpeller ma candeur et l’appeler indécence
Peut-être même y’ aura t’il quelques experts poètes pour se retrousser les manches
Et plisser leur grand front en crachotant des paroles imbibées de bon sens
“Il en faut bien des poètes qui croient sauver le monde”

Je ne le sauve pas moi
Je le déshabille de mes yeux sombres
Je l’observe depuis les cendres de mes larves émotions
J’attends que tout cela prenne feu
J’espère me réveiller éclaboussée par la lumière du soleil d’été
Agiter mon corps comme un flambeau
Devenir feu follet

2020
Jun 
8

Illustres Anonymes

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 20:10  

Ajar Aragon Aubigné
Balzac Barrico Chapsal Capote
Duras Gorki Hesse Hugo
Istrati Kessler London Lafayette
Maalouf Marivaux N’Gozi Oulipo
Picasso Poivre d’Arvor Queneau Rilke
Stendhal Sarraute Tolstoï Vannier
Woolfe Xenakis Yourcenar Zola

Noms connus inconnus
“La particule D ne compte pas
Mais L’ La Le Les, oui”
Couverture
Reliure
Papier glacé
Gravures d’origines
Titres en un mot ou bien en douze
Des tas d’histoires dans les cartons
Nettoyés numérotés classés rangés

Apprendre l’alphabet en rangeant la bibliothèque de l’école
S’attarder sur un paragraphe en ouvrant un ouvrage
S’oublier dans les pages
Se figer dans une position propice aux fourmis
(Et peut-être même aux araignées si on reste assez)

Prendre soin d’un rectangle de carton
Vestiges d’une époque dépassée
L’écorce transformée en papier qui s’émiette dans mes mains
Prendre conscience de n’être rien au milieu des géants
Perdre connaissance devant le genre humain

Trou vers tout

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 19:59  

Pierres, feuilles, papiers, ciseaux
Au milieu de Rimbaud, Jules Verne, Annie Ernaux
Il y a la page numéro quatorze de voyage au bout de la nuit
Céline côtoie Voltaire, Luis Zafon et Queneau
Panait Istrati, Octavio Paz, Victor Hugo
Freud, Lacan et Marc Levy, le marquis de Sade et Choderlos de Laclos

Des eaux fortes issus des magazines à la mode de 1911
Une tête d’éléphant, des encyclopédies classées par numéros
Un chat dort entre les rayons ésotérisme et polar
La poussière vole, la pluie joue des congas sur le toit

Dénicher un roman
Essuyer de la main les couvertures caressées par d’autres mains humaines
Imprimées du temps où internet n’existait pas
Comme un voyage immobile
Plonger dans les entrailles d’une librairie ancienne

Si je pouvais respirer tout le savoir contenu sur les étagères
Si je m’imbibais de toutes les phrases imprimées sur les pages
Je prendrais feu je crois, ou je deviendrais folle
Je sécherais dans un coin, entre la mythologie et le théâtre
Cherchant à rassembler dans un nouvel ordre, les ouvrages et leurs illustre auteur-es
Je marierais tous les Edgar que je trouve à toutes les Catherine qui traîneraient là
Je ferais converser Finkelkraut avec Moix dans un coin poussiéreux pour qu’on ne les entende pas
Je mettrai en lumière les ceuses et les ceux anonymes qui calent les rayons
Je mettrai les cruels et les sages face à face pour un duel de paroles
Je me ferais un lit avec toutes les versions illustrées du Kama Sutra

Les homo sapiens sapiens pensent
Et aiment à s’en vanter
Ils produisent des idées
Et assemblent du sens

Moi je mange des yeux le monde
Et c’est déjà assez