2020
May 
12

J11 – Les dragonnades du roi

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 20:14  

J’ai réfléchi tout le jour

Projetant ma tête de ci et de là

Pour voir ce qui pourrait apparaître

Ce que nous pourrions faire de cette chance là

Repartir à zéro

Mettre le monde en miettes

Un tiers de la planète chez soi

Ça en fait du monde derrière les fenêtres

Afrique, accroche toi à tes puissantes racines

La vieille Europe blanche qui t’a sucé tout le lait

Sera bientôt exsangue

Les prochaines cohortes sauront trouver la voie

J’ai tenté de faire de mon corps un abri

Un sanctuaire éclairé pour quand viendra la nuit

Je laisse hurler les bêtes qui saccagent mon ventre

Après tout, elles sont chez elles aussi

Je me remets à neuf

Nettoie les caniveaux avec le sel des yeux

La rage baveuse me convulse

Un cri plus tard je ris et pleure dans la même virgule

Que savons-nous des chemins qui nous mènent chez nous?

Du sable qui comblait les dragonnades du roi?

Que savons-nous des fatigues qui affaiblissent nos tissus?

Maîtres de notre destin. Tu peux trembler dauphin, Jupiter de rien,

Nous venons pour en découdre avec toi et les tiens.

2020
May 
11

J9 – Couper la transe

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:40  

Ça s’agite aux fenêtres

À ce qu’il paraît

Entre deux salves de bruit, on peut entendre quelques voix réclamer:

“De l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital!”

D’ici, je sais juste qu’il y a moins d’avions qui traversent le ciel

 

Ça s’agite dans l’hémicycle

À ce qu’il paraît

Entre deux salves de mépris, quelques voix s’opposent et dénoncent:

“Temporaire mon cul mes chers collègues! Le coup d’état de l’urgence perpétuelle, ça ne passera pas!”

D’ici, je sais juste qu’il me reste un peu de larmes chaudes pour trouer la nappe blanche du silence

 

Mon insolence joue des coudes pour se frayer une place parmi les minutes d’insouciance

Garder chaud le muscle de l’indignation*, gonflé à bloc

Pour résister aux stratagèmes, aux tentatives d’intimidation, aux stratégies du choc

Ça s’agite dans mon corps

À ce qu’il paraît

Il faut que je me tienne prête

À renoircir le rang des rues pour l’Aïd El Kebir

 

Il y a longtemps,

Quand les humains organisaient la vie publique autour de rites

Frapper les mains l’une contre l’autre servait à

 

Couper

La

Transe

 

Qui faut t’il applaudir?

Que faut-il arrêter?

Quels rituels nous restent-il à inventer?

 

*mots issus des lignes de suite du livre Le camp des Autres, de Thomas Vinau

J4 – L’avenir n’est plus ce qu’il était…et tant mieux

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:22  

L’avenir n’est plus ce qu’il était.

Nous ne pourrons pas faire machine arrière et tant mieux

De toute façon les choses changeront, que nous le voulions ou pas

Après tout, l’action c’est cette minuscule inspiration que l’on prend

avant de sauter

dans le vide,

L’étincelle qui traverse nos synapses lorsque l’on comprend qu’ après tout

On est capables de voler.

 

*Les phrases en italique sont issues du livre “Les sentiers de l’Utopie”

J3 – Tisser les bruits qui courent

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:12  

Les hélicoptères tournent

Le oiseaux règnent

Le ciel s’éclaire

Et puis

Pas de bruits

Les gens s’arrêtent. Le monde

S’arrête.

Quelque-part des infirmières et des docteurs, des chirurgiennes et des aides soignants

Brassent, les tissus et l’asthme incontrôlé, de patient-es enchaîné-es à la peur

Quelque-part, des fils et des mères, des enfants et des grands-parents, ne peuvent faire le deuil

De ceux et celles qui partent

De celles et ceux qui meurent

Il y a, dans chaque partie du monde maintenant, des êtres reliés par la même maladie

 N’est-ce pas le cas toujours?

Des handicaps et des cancers

Des meurtres et des peines

Et les combats invisibles?

Et les prisonniers de la gare?

Et nous-mêmes, geôliers de nos élans?

Je doute

Que nous soyons en mesure d’espérer

Car tout autour, on nous pousse au contraire

Je doute, alors

Écrire écrire

Réinventer

J2 – Enfants de la dépossession

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:01  

Effervescence médiatique

Experts rivalisant d’analyses

Grand messe catastrophiste

Liquider des symboles pour appuyer une image

L’invisible, c’est ce qu’il reste à l’homme quand il a tout perdu

Nous

Tous

Enfants de la dépossession

Foulant le sol, chiant partout là où c’est possible pour fertiliser ce qui devient stérile.

Tordre l’évidence

Retourner là où l’eau jaillit de la terre même

Ilôt de calme ici

Si la marge devient l’enjeu principal

Comment accueillerons-nous nos contradictions?

J1- Une chance commune

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 17:58  

Une certaine difformité de la pensée, mêlée de crainte et d’anxiété

Une gêne, en comparaison à l’infirmité des autres, caractéristique: ils exagèrent

Pour constater enfin, la charge qui éclate, le mépris de l’inconnu

Vaciller plutôt que de se retrancher

Tester le dérèglement, cibler la facilité, passionément

Réunir le terrain, raconter le plausible

Une chance commune