2020
May 
12

J36 – Conter les jours

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 22:09  

Si mes calculs sont bons

(Ce qui, pour celleux qui me connaissent relève à peu près de l’exploit)

Dans 20 jours, nous sortirons

Enfin, peut-être. Sûrement pas tous mais sans doute à certains endroits.

Les enfants retourneront à l’école, en rang échelonnés

D’abord les maternelles et les CP, ensuite les lycées, les collèges, et le reste des cycles 2 et 3

Pas plus de quinze par classe. Blanquer, courage: il va falloir embaucher!

En attendant, je remâche mes bribes de poèmes quand je marche

Je compte mes pas, ma respiration, et mesure la course du soleil

L’histoire du grand soir de l’humanité est la même

Depuis des centaines et des centaines d’années

Si ce n’est des milliers.

Le temps doit nous être conté.

Quand j’ai quitté Grenoble, le magnolia du parc était en fleurs

Hiver léger printemps précoce

Fin mars j’ai traversé l’Isère, la Drôme, l’Ardèche du nord

Quelques matins plus tard, il y avait de la neige.

Plusieurs semaines après j’ai commencé à ramasser des herbes pour les faire sécher

Et compléter nos plats de salades sauvages: violettes, plantain et achillée

Aujourd’hui tout est jaune

Pissenlits dents de lion chélidoines et genêts

Renoncules rampantes vulnéraire et chou kale

Le lilas habille les chaumières et embaume les chemins

Le cerisier a perdu ses pétales

Le pommier précède le tilleul mais succède au romarin

Quand je suis partie c’était encore l’hiver sur le calendrier

Je n’ai pas pris d’espadrilles ça aurait trop attiré l’été

J’ai eu le temps de voir une lune blanche deux lunes noires

Et parce-que les hommes ont décidé d’être maîtres de la lumière

J’ai vu la nuit se raccourcir à cause du changement d’horaires

J’ai vu l’herbe coupée pousser, recoupée à la serpe puis croître de nouveau

J’entends la sérénade des grenouilles et oiseaux

Je sens le vent me caresser l’épaule, la pluie mouiller mon front

Elle est vive ma planète, il est sauf mon giron

La Terre est mon école, ma montre et ma boussole

Ma grande horloge, mon médaillon

Personne ne me sonne, et personne ne m’attend

Seuls mes poumons me donnent le rythme du compas

Sans horaires ni salaires, sans minuscules soldats

Ma classe est planétaire, personne ne marche au pas

Personne ne me note, personne ne chronomètre

Je me détends. Le temps est suspendu.

Les histoires du soir ont de beaux jours devant elles.

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