2020
May 
12

J17 – Les chemins du vent

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 20:38  

Le mur du voisin avance

-comme ça je suis chez moi, c’est vite vu

-ça n’était pas assez chez vous avant?

-oh si, y’a des bornes alors…mais je fais ce qu’il y a à faire. Faut bien faire le travail qu’il y a à faire.

Je trouve

Que c’est beaucoup de contraintes fixées pour un seul homme, et par lui seul qui plus est.

Mais je ne dis rien. Je ne veux pas lui retirer le peu de sympathie qu’il a en l’humain.

Alors je souris et je passe mon chemin.

Les chemins, ici, sont plein de barrières.

Il me faut décrocher, contourner, escalader.

Tous les terrains ont des limites.

Des fils électriques, du barbelé, des pierres.

Chacun chez soi. C’est la tradition.

Les grottes troglodytes de la Jaubernie sont immenses

Des “chez soi” pour les centaines de protestants qui se cachaient, à l’heure des grandes persécutions.

Je me demande combien de temps la peur de l’autre reste ancrée dans le sang

Et les cellules des générations qui se succèdent sur Terre

Je me sentais malgré moi prisonnière, à errer de la sorte

Étrangère, sur ces terres que je connais à peine

Je me demandais quoi dire et comment réagir

Si je croisais un troupeau, un promeneur, une propriétaire

Je n’ai pas d’attestation

J’emprunte les chemins du vent

Je n’ai pas de destination, ni aucune raison valable

Je marche, je prends l’air

Je n’ai pas de passeport ou de carte d’identité

Je suis anonyme

Je n’ai pas de nom, de date de naissance, ni d’adresse

Je ne vais nulle part, je viens juste de naître

Dans le bruit des cailloux

Dans le souffle coupé

Dans la lumière qui se retient chaque jour un peu plus de tomber

Dans le regard d’une chèvre

Je suis née sur la route

Pour elle

Je traverse vos champs minés de trouille

Je n’ai rien à prouver

Je vis

En tout cas

J’essaie

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