J17 – Les chemins du vent
Le mur du voisin avance
-comme ça je suis chez moi, c’est vite vu
-ça n’était pas assez chez vous avant?
-oh si, y’a des bornes alors…mais je fais ce qu’il y a à faire. Faut bien faire le travail qu’il y a à faire.
Je trouve
Que c’est beaucoup de contraintes fixées pour un seul homme, et par lui seul qui plus est.
Mais je ne dis rien. Je ne veux pas lui retirer le peu de sympathie qu’il a en l’humain.
Alors je souris et je passe mon chemin.
Les chemins, ici, sont plein de barrières.
Il me faut décrocher, contourner, escalader.
Tous les terrains ont des limites.
Des fils électriques, du barbelé, des pierres.
Chacun chez soi. C’est la tradition.
Les grottes troglodytes de la Jaubernie sont immenses
Des “chez soi” pour les centaines de protestants qui se cachaient, à l’heure des grandes persécutions.
Je me demande combien de temps la peur de l’autre reste ancrée dans le sang
Et les cellules des générations qui se succèdent sur Terre
Je me sentais malgré moi prisonnière, à errer de la sorte
Étrangère, sur ces terres que je connais à peine
Je me demandais quoi dire et comment réagir
Si je croisais un troupeau, un promeneur, une propriétaire
Je n’ai pas d’attestation
J’emprunte les chemins du vent
Je n’ai pas de destination, ni aucune raison valable
Je marche, je prends l’air
Je n’ai pas de passeport ou de carte d’identité
Je suis anonyme
Je n’ai pas de nom, de date de naissance, ni d’adresse
Je ne vais nulle part, je viens juste de naître
Dans le bruit des cailloux
Dans le souffle coupé
Dans la lumière qui se retient chaque jour un peu plus de tomber
Dans le regard d’une chèvre
Je suis née sur la route
Pour elle
Je traverse vos champs minés de trouille
Je n’ai rien à prouver
Je vis
En tout cas
J’essaie

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