J38 – Les jours de chiale
Ça arrive plusieurs fois dans l’année
Autour du jour que j’entoure d’un R dans le calendrier
J’appelle ça mes jours de chiale
Référence à un film de Christophe Honoré
Les jours de chiale, même si tout va bien, ça ne va quand même pas
C’est comme un vide dans l’estomac, un trou sans fin, du noir dedans
Dans la vraie vie hors confinement, s’agiter comme il est d’usage normalement
Devient une lutte contre les petites voix de soi qui disent: écoute nous, repose toi
Dans la vraie vie normalement, je dis: “il faut, je dois, grouille-toi”
“je n’ai pas le droit de me plaindre, j’ai déjà tout, bouge toi”
Bon an mal an je me dérouille, je fais en sorte de maintenir le bateau à flot
Je me force et je m’exécute, pas après pas, je ne m’écoute pas
Car en plus de produire, il faut faire bonne figure
Se morfondre pour rien, quand pourtant tout va bien
Ça ne se fait pas, socialement, c’est une bavure
Mais les jours comme ça, je me fous de tout alors
Je m’accorde quand même mes jours de boude
D’habitude, ça laisse un mauvais goût,
Surtout quand les gens autour ne comprennent pas
Ou ne peuvent pas comprendre qu’une bonne crise de chiale
Qu’une bonne journée de boude, à rien foutre, que dalle
Ça vaut toutes les tentatives de me remonter le moral
Je me laisse couler, je ne coche aucune case sur mon agenda
Je ne fais que ce qui me plaît, je me laisse même dépasser par les voix
En fait elles m’appellent juste au calme, à relativiser l’importance de mes choix
“Détends toi, c’est pas si grave, t’as vu comme il fait beau?”
“Tu préfères rester enfermée et t’endormir après chaque page tournée?”
“Fait, fait donc ma belle, fait comme ça petite fée”
En fait, les jours de chiale, je suis vachement plus sympa avec moi
Je sais que ce n’est qu’une passade, que c’est comme tout, que ça passera
Je cherche pas à changer, je me traîne et j’attends que la vague reprenne
Sa forme son allant son goût salé sa nature d’océan
Peut-être que le grand rythme du monde est encore calqué sur l’ancien modèle
Il accélère la cadence,il s’agite et il gronde, prêt à jeter l’éponge,
Il ne s’arrête pas aux signes de fatigue que la machine donne
Il continue sa course folle, engendre son propre trépas
Il s’achète une bonne conscience en s’achevant à la tâche
Finalement c’est peut-être une aubaine si tout enfin se dérègle

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