2020
May 
13

J38 – Les jours de chiale

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 18:09  

Ça arrive plusieurs fois dans l’année

Autour du jour que j’entoure d’un R dans le calendrier

J’appelle ça mes jours de chiale

Référence à un film de Christophe Honoré

 

Les jours de chiale, même si tout va bien, ça ne va quand même pas

C’est comme un vide dans l’estomac, un trou sans fin, du noir dedans

Dans la vraie vie hors confinement, s’agiter comme il est d’usage normalement

Devient une lutte contre les petites voix de soi qui disent: écoute nous, repose toi

Dans la vraie vie normalement, je dis: “il faut, je dois, grouille-toi”

“je n’ai pas le droit de me plaindre, j’ai déjà tout, bouge toi”

Bon an mal an je me dérouille, je fais en sorte de maintenir le bateau à flot

Je me force et je m’exécute, pas après pas, je ne m’écoute pas

Car en plus de produire, il faut faire bonne figure

Se morfondre pour rien, quand pourtant tout va bien

Ça ne se fait pas, socialement, c’est une bavure

Mais les jours comme ça, je me fous de tout alors

Je m’accorde quand même mes jours de boude

D’habitude, ça laisse un mauvais goût,

Surtout quand les gens autour ne comprennent pas

Ou ne peuvent pas comprendre qu’une bonne crise de chiale

Qu’une bonne journée de boude, à rien foutre, que dalle

Ça vaut toutes les tentatives de me remonter le moral

Je me laisse couler, je ne coche aucune case sur mon agenda

Je ne fais que ce qui me plaît, je me laisse même dépasser par les voix

En fait elles m’appellent juste au calme, à relativiser l’importance de mes choix

“Détends toi, c’est pas si grave, t’as vu comme il fait beau?”

“Tu préfères rester enfermée et t’endormir après chaque page tournée?”

“Fait, fait donc ma belle, fait comme ça petite fée”

En fait, les jours de chiale, je suis vachement plus sympa avec moi

Je sais que ce n’est qu’une passade, que c’est comme tout, que ça passera

Je cherche pas à changer, je me traîne et j’attends que la vague reprenne

Sa forme son allant son goût salé sa nature d’océan

Peut-être que le grand rythme du monde est encore calqué sur l’ancien modèle

Il accélère la cadence,il s’agite et il gronde, prêt à jeter l’éponge,

Il ne s’arrête pas aux signes de fatigue que la machine donne

Il continue sa course folle, engendre son propre trépas

Il s’achète une bonne conscience en s’achevant à la tâche

Finalement c’est peut-être une aubaine si tout enfin se dérègle

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