2020
May 
12

J33 – Les oiseaux de passage

Filed under: Journal Débordé — lapeauaimante @ 21:57  

Hier soir j’ai lu ça dans “Le chasseur d’histoires” d’Eduardo Galeano

La première grève
Elle éclata en Égypte, dans la Vallée des rois, le 14 novembre 1152 avant J.C
Les protagonistes de la première grève de toute l’histoire du mouvement ouvrier furent les tailleurs de pierre, les charpentiers, les maçons et les dessinateurs qui construisaient les pyramides et qui restèrent bras croisés jusqu’à ce qu’ils aient reçu les salaires qu’on leur devait.
Les travailleurs égyptiens avaient conquis le droit de grève longtemps auparavant. Ils avaient aussi un service médical gratuit pour les accidents du travail.
Jusqu’à tout récemment, nous ignorions tout ou presque de cela.
Sans doute à cause de la peur que l’exemple se propage.


Il nous faut arracher les bribes d’égalité
Aux griffes acérées des rapaces aveugles
Si futiles que puissent leur paraître nos actes
Si dérisoires nos tentatives de vivre libres
Dans les interstices de l’histoire
Ce sont les pauvres qui dominent
Les hors la loi, les sans le sou
Toute cette masse à la marge
Qui trime, qui s’entasse et qui beugle
Cette horde indocile qui réclame son dû
Et nourrit, soigne, nettoie, habille ceux du sommet

Nous ne sommes pas aveuglés par l’or car nous n’en avons point
Par contre, il se pourrait que bientôt nous ayons faim
Ce ne sera pas la peine de nous jeter du pain ou des brioches
Nous aurons pris les fourches, nous aurons pris le temps, et peut-être des pioches
Nous serons phosphorescents dans chaque rue et à chaque rond-point
Nous serons corbeaux, milans royaux et ridicules moineaux
Pigeons affamés en quête de vos miettes
Tu le sens le vent qui vient?
Il nous gonfle les ailes, il nous pousse dans le dos

Nous sommes à la hauteur autant qu’ils sont zélés
Durs à la tâche, ne comptant pas les heures, dévoués,
Assidus et certains de notre bon droit de disposer de nos corps
Depuis notre naissance et jusqu’à notre mort
Nos élans poussent dans les interstices
Ce sont des charognards, nous construisons des nids
Piochant quelques cheveux sur le crâne des élus
Ramassant ici et là des bribes de pensées à se repartager
Des stratégies de chasse, des pièges à éviter, à l’affût, aux aguets
Pour pas se prendre le bec entre oiseaux de passage, car
Nous autres volatiles, avons la sagesse de nous savoir mortels
Et d’ainsi vouloir faire de cette courte période sur terre
Un endroit digne du ciel ou en tout cas meilleur pour ceux et celles
Qui demain, couvriront la distance qui sépare l’ouvrier du puissant pharaon

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